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[OPTIMO] Chaque cerveau a sa place : accepter la neurodiversité dans l'apprentissage des langues à travers les cultures

Article écrit par Boelo van der Pool, Teacher School, Spain (Erasmus+ OPTIMO 2.0)

Cet article fait partie des résultats du projet Optimo, un projet Erasmus+ qui vise à aider les enseignant.es et les formateur.ices en langues à développer les compétences communicatives des apprenant.es adultes issus de l'immigration afin de faciliter leur intégration dans la société

Article original en anglais sur EPALE, publié le le 17/12/2025, disponible ici : Article original EPALE

Traduction faite par Julia van der Donk et Julie De Cesaris

Imaginez que vous vous promeniez dans un jardin. Et vous voyez des tulipes, des tournesols et des roses. Chaque fleur pousse de manière différente, mais ensemble, elles créent quelque chose de dynamique, de solide et de vivant.

Nous n'appellerions jamais un tournesol une « tulipe cassée », n'est-ce pas ? Alors pourquoi traitons-nous parfois le cerveau humain de cette manière ?

Tout comme la biodiversité permet aux écosystèmes de prospérer, la neurodiversité enrichit nos salles de classe. Ce terme fait référence à la variation naturelle dans le fonctionnement du cerveau humain. Il nous rappelle qu'il n'existe pas une seule « bonne » façon de penser, d'apprendre ou de communiquer.

Pourtant, dans de nombreux contextes éducatifs, cette diversité est encore mal comprise, en particulier lorsqu'il s'agit d'apprenants atteints de ce que l'on appelle souvent des troubles spécifiques d’apprentissages (DYS), tels que la dyslexie, le TDAH, l'autisme, la dyspraxie ou la dyscalculie. De plus en plus, les éducateur.rices choisissent un terme plus valorisant : différences spécifiques d'apprentissage.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : des différences, et non de troubles.

Qu'est-ce que la neurodiversité et pourquoi est-elle importante ?

Dans la plupart des salles de classe, la majorité des apprenants (environ 80 %) traitent les informations d'une manière similaire et prévisible. Ces apprenant.es sont souvent appelé.es « neurotypiques ».

Les 20 % restants, les apprenant.es atteint.es de dyslexie, de TDAH, d'autisme et d'autres troubles, sont « neurodivergents ». Leur cerveau traite les informations différemment. Pas de manière erronée. Juste... de manière différente.

Cela signifie qu'ils peuvent rencontrer plus de difficultés dans les environnements d'apprentissage traditionnels, en particulier ceux axés sur la lecture, l'écriture, la mémorisation par cœur ou les travaux en groupe. Mais cela signifie également qu'ils apportent des perspectives, des atouts et des talents uniques qui profitent à l'ensemble de la communauté d'apprentissage.

Par exemple :

  • Les apprenant.es atteint.es de dyslexie peuvent avoir des difficultés à décoder le langage écrit, mais ils excellent souvent dans la créativité, la reconnaissance de schémas et voient la vision d'ensemble.
  • Les apprenants atteints de TDAH peuvent avoir des difficultés à maintenir leur attention ou à s'organiser, mais ils sont souvent curieux, enthousiastes et stimulé.es par des tâches intéressantes.
  • Ceux ou celles présentant des traits autistiques peuvent préférer les routines et la communication directe, mais prêtent souvent grande attention aux détails et ont sont très concentré.es en ce qui concerne les sujets qui les intéressent.

Le célèbre entrepreneur Richard Branson a dit un jour : « Je suis qui je suis, non pas malgré ma dyslexie, mais grâce à elle. » De nombreux apprenant.es s'épanouissent lorsque nous les aidons à exploiter leurs forces au lieu de nous concentrer uniquement sur leurs difficultés.

Une perspective mondiale et culturelle sur les différences d'apprentissage

Si le concept de neurodiversité est de plus en plus reconnu dans de nombreux contextes européens, la perception des différences d'apprentissage varie considérablement à travers le monde.

Dans certaines cultures, en particulier dans certaines régions d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, les troubles spécifiques de l'apprentissage peuvent encore être mal compris ou stigmatisés. Les personnes en difficulté sont parfois considérées comme fainéantes ou indisciplinées, plutôt que comme ayant des différences neurologiques. En conséquence, ces apprenant.es peuvent :

  • Cacher leurs difficultés, par honte ou par crainte d’être stigmatisé.es,
  • Éviter de demander de l'aide, même lorsqu'elle est disponible,
  • Avoir une faible estime d'eux.elles-mêmes, façonnée par de nombreuses années d'incompréhension.

Cela est particulièrement vrai pour les adultes avec un parcours migratoire qui apprennent de nouvelles langues en Europe. Ils peuvent ne pas être familiarisés avec le concept de neurodiversité ou provenir de systèmes où les différences n'ont jamais été reconnues. Par exemple, bien que l'Ukraine ait fait des progrès significatifs en matière d'éducation inclusive depuis 2017, la sensibilisation et les ressources varient encore considérablement d'une région à l'autre.

En tant que formateur.rice, être sensible à la culture signifie plus que simplement reconnaître la diversité. Cela signifie créer un espace où les apprenant.es se sentent en sécurité pour partager leurs expériences, même s'ils ou elles n'ont jamais eu les mots pour les décrire auparavant.

Le langage est important : reformuler « trouble » en « différence »

Les mots ont un pouvoir. Lorsque nous qualifions des apprenant.es de « handicapés » ou d’ « ayant des troubles », même avec les meilleures intentions, nous pouvons sans le savoir renforcer des stéréotypes négatifs. Ces termes suggèrent que quelque chose ne va pas chez l'apprenant.e.

Quand on parle de « différences », le discours change. Cela dit aux apprenant.es :

  • Vous n'êtes pas râté.e, ni cassé.e.
  • Vous ne valez pas moins que les autres.
  • Votre cerveau fonctionne simplement d'une manière unique, et c'est quelque chose que nous apprécions ici.

Ce petit changement de langage peut entraîner un grand changement dans l'estime de soi. Il aide les personnes concernées à se considérer non pas comme un problème à résoudre, mais comme des personnes dont le potentiel reste encore à exploiter.

Lutter contre la stigmatisation en classe

La stigmatisation ne vient pas seulement de la société, elle peut aussi venir de la classe. Parfois, même nous, en tant qu'enseignant.es ou formateur.rices, avons des préjugés inconscients façonnés par notre propre éducation ou notre propre culture.

Pour créer des espaces véritablement inclusifs, nous devons :

  • Réfléchir à nos propres convictions sur l'apprentissage et l'intelligence.
  • Écouter activement les expériences de nos apprenant.es.
  • Nous informer sur la neurodiversité d’un point de vue axé sur les forces.
  • Remettre en question les étiquettes qui limitent plutôt que de libérer.

Il est également important de prendre en compte l'aspect santé mentale. Les apprenant.es présentant des différences d'apprentissage non diagnostiquées souffrent souvent d'anxiété, de frustration ou d'épuisement, en particulier lorsqu'ils continuent d'essayer et sont constamment incompris. Un.e professionnel.le qui les soutient peut faire toute la différence.

Que pouvons-nous donc faire en tant que professeur.es de langues ?

Il n'est pas nécessaire d'avoir une qualification spécialisée pour soutenir les apprenant.es neurodivergent.es. Des petits changements dans la pratique peuvent avoir un impact important et souvent aider la totalité de nos apprenant.es, pas seulement ceux et celles qui sont neurodivergent.es.

Voici quelques stratégies inclusives pour commencer :

  • Utilisez un enseignement multimodal : combinez des supports visuels, audio, des mouvements et des activités manuelles.
  • Divisez les tâches en étapes : découpez les informations pour réduire la surcharge cognitive.
  • Accordez plus de temps : un temps de traitement supplémentaire peut réduire le stress et favoriser la réussite.
  • Proposez plusieurs choix : laissez les apprenant.es montrer leur compréhension de différentes manières.
  • Instaurez une routine et de la clarté : des instructions claires et une structure cohérente aident tout le monde à se sentir en sécurité.

Et surtout : croyez en vos apprenant.es. Voyez leurs points forts. Célébrez leurs victoires. Faites-leur savoir qu'ils ont leur place, tels qu'ils ou elles sont.

Les salles de classe sont comme des jardins : plus vivantes lorsqu'elles sont accueillent différents types d'apprenant.es de profils différents, avec des cerveaux, des parcours et des façons d'être uniques.

En tant que professionnel.les de l'éducation et de la formation, en particulier dans des contextes internationaux et interculturels, nous avons la chance de nourrir cette diversité. D'aller au-delà des étiquettes. De lutter contre la stigmatisation. Et de créer des espaces d'apprentissage où tous les élèves, qu'ils ou elles soient neurotypiques ou neurodivergent.es, peuvent véritablement s'épanouir.

Parce que chaque cerveau a sa place.

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